Des dirigeants de l’association de défense des droits de l’enfant "Mouv’Enfants", le 2 novembre 2026 devant le palais de justice de Blois ( AFP / ALAIN JOCARD )
Les parents d'Inass Touloub, fillette de quatre ans retrouvée morte et mutilée en 1987 au bord de l'autoroute A10, ont nié lundi toute responsabilité dans le décès de leur fille au premier jour de leur procès devant la cour d'assises du Loir-et-Cher, 39 ans après les faits.
Jugée pour "torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort" sans intention de la donner et interrogée sur la reconnaissance des faits par la présidente, la mère, Halima El Bakhti, a répondu "non, c'est ma fille".
L'accusée, âgée de 72 ans et qui a tenté de dissimuler toute la journée son visage, a ajouté que son mari "et (s)es filles aussi" ont "beaucoup menti", interrogée après la longue lecture du rappel des faits.
Ahmed Touloub, le père âgé de 74 ans jugé lui pour complicité, a pour sa part déclaré : "J'ai rien fait. J'ai jamais touché à aucun de mes enfants", a-t-il ajouté. "Moi-même je suis battu, comment je suis complice ?"
Pendant leur garde à vue, les accusés, séparés de longue date, et qui ont eu au total sept enfants, dont Inass, n'avaient pas reconnu être les auteurs des violences ayant entraîné la mort de leur fille, s'accusant mutuellement de violences conjugales.
Menacée
Accusée et mère d'Inass Touloub, Halima El Bakhti (g), dont le visage est dissimulé par un foulard, est escortée par des policiers et son avocat Camille Radot (d) au palais de justice de Blois (Loir-et-Cher), le 2 novembre 2026 ( AFP / Alain JOCARD )
La défense a par ailleurs demandé un complément d'expertise concernant l'état de santé de leurs clients : M. Touloub ayant notamment évoqué des troubles de la mémoire, Mme El Bakhti de fortes douleurs aux reins.
Cette requête a été accordée pour Ahmed Touloub et devrait s'effectuer "dans les prochains jours".
"Il nous faut la certitude qu'ils puissent se défendre", a lancé son avocat Me Frank Berton, évoquant une possible "démence" de son client.
Elle a été refusée pour la mère, qui avait affirmé plus tôt : "je vais essayer de venir et assumer".
Les deux accusés, qui comparaissent libres, encourent tous deux la réclusion criminelle à perpétuité à l'issue de ce procès qui doit durer jusqu'au 18 novembre à Blois. Ils n'ont pas échangé un regard, assistant impassible aux échanges.
Croquis d'audience réalisé le 2 novembre 2026 montrant les parents d'Inass Touloub lors de leur procès pour la mort de leur fille au palais de justice de Blois ( AFP / Benoit PEYRUCQ )
D'autres moments ont par ailleurs marqué cette longue première journée d'audience.
A la pause déjeuner, la mère a été prise à partie par cinq membres du collectif Mouv'Enfants, qui avait organisé une action devant le tribunal avant l'audience. Ils l'ont vivement prise à partie et menacée.
Des faits qui ont entrainé l'ouverture d'une enquête.
Disparition
Les débats ont également porté sur la demande de la défense, finalement rejetée, d'interrompre la diffusion de l'audience dans une deuxième salle, et sur les demandes de constitution de parties civiles.
Le 2 novembre 2026 devant le palais de justice de Blois à l'ouverture aux assises du procès des parents d'Inass Touloub, fillette de quatre ans retrouvée morte et mutilée en 1987 au bord de l’autoroute A10 ( AFP / ALAIN JOCARD )
Celle déposée par la commune de Suèvres, où est enterrée la petite Inass depuis 1987, a été rejetée faute de "préjudice direct" subi.
Me Eléonore Terrien-Freneau, avocate de la fratrie d'Inass, avait qualifié cette demande de constitution de partie civile de "nauséabonde", mais surtout indiqué que ses clients avaient formulé le souhait "d'offrir un autre lieu de repos" à Inass Touloub "en correspondance avec ses liens familiaux".
Ce procès doit être l'épilogue d'une affaire qui démarre le 11 août 1987 avec la découverte de la dépouille mutilée de la fillette dans un fossé de l'A10 par deux agents de l'autoroute à Suèvres, village du Loir-et-Cher entre Orléans et Tours.
Personne n'avait signalé sa disparition.
Une habitante se recueille sur la tombe d'Inass Touloub à Suèvres, dans le Loir-et-Cher, le 1er octobre 2026 ( AFP / Alain JOCARD )
Le corps portait des traces de violences, dont des brûlures dues à un fer à repasser et des cicatrices liées à des morsures humaines, selon les constatations des médecins légistes consultées par l'AFP.
À court de pistes, la gendarmerie avait lancé le plus grand appel à témoin jamais initié en France pour tenter d'identifier la fillette dans une trentaine de pays. Sa photographie avait été placardée dans 65.000 écoles et 30.000 mairies.
Plus de 30 ans après les faits, la victime est identifiée et ses parents interpellés en juin 2018, grâce à un prélèvement ADN effectué sur un des frères de la victime dans une autre affaire de violence.
Il faudra pourtant attendre huit années de plus avant la tenue d'un procès.
La petite Inass, qui serait aujourd'hui âgée de 43 ans, repose au cimetière de Suèvres, où sa tombe est encore régulièrement fleurie.

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